Quand le long fleuve tranquille rencontre un barrage… vieillesse et maisons de retraite

Certain(e)s se sont sans doute étonnés(e)s de mon relatif silence de ces derniers mois.
D’autres ne se sont pas posé de questions, et ont tout simplement abandonné ce blog, quelque peu laissé en friche.
Entre ceux qui se sont dit dommage, celles qui ont dit tant pis, et tous ceux et et celles qui n’ont rien pensé du tout, je me faufile aujourd’hui pour essayer simplement de témoigner, de faire partager un tant soit peu un vécu que des milliers comme moi doivent se fader, comme on dit par chez moi, dans le silence. Et souvent dans l’abnégation.

C’est contre l’un et l’autre (le silence et l’abnégation) que j’essaie aujourd’hui de reprendre le clavier.
Non pour pleurer sur mon sort, ou m’apitoyer sur quelque sort que ce soit, mais bien au contraire pour partager une expérience, en espérant qu’elle le sera de moins en moins, partagée, subie, inéluctable.
Au contraire en me disant qu’il faut par tous les moyens rendre cela moins inexorable, et que d’autres choix sont possibles.

Pourquoi aujourd’hui ?
Tout d’abord parce que j’en ai un peu le temps, ce qui n’était absolument pas le cas ces derniers mois.
Ensuite parce que j’en ai un tant soit peu l’énergie.
Une énergie qui a été grandement nourrie par quelques visites et coups de mains arrivés ces derniers temps, mais aussi, pas plus tard que vendredi soir, par Madame Chichi, interviewée par l’irremplaçable Zoé Varier, dont la qualité d’écoute et la trompeuse neutralité ouvrent la porte à des propos d’une profondeur inouïe, au sens propre du terme.
Combien j’aimerais être une Babayaga, au sens défini par Mme Chichi, et combien j’eusse aimé que mes vieilles à moi aient pu l’être !

Mais mes vieilles à moi (Ama et Nesca - voir, même si encore incomplet, le feuilleton) se sont fait rattraper par le temps, la maladie, la dépendance, comme on dit aujourd’hui.
Avec une accélération inattendue, et que j’ai pourtant tout fait pour repousser.
Une sorte de déchéance, de déperdition, d’errance sans fin, qui se nourrissent d’elles-mêmes, et contre lesquelles la patience et la colère se révèlent aussi impuissantes l’une que l’autre.
Un écroulement qui reste cependant pour moi inacceptable, quand je sens bien que c’est la structure qui est censée leur venir en aide qui en est en grande partie responsable.

Vous avez dit maison de retraite ?
Une maison qui porte bien son nom, celle de retraite, comme s’il était question de se retirer de la vie.
Est-il bien question de cela ?
Pour certains, arrivés au bout du rouleau, sans doute. Mais pour la plupart, certainement pas !
C’est pourtant ce qui se passe, et c’est désespérant.

Il est difficile de parler de ces choses, et que l’on m’entende bien, je n’entends pas ici jeter la pierre aux maisons de retraite, et encore moins à celle où sont Ama et Nesca.
Depuis que je la fréquente, cependant, je ne peux que constater, et le constat n’est pas reluisant.
Et je garde en mémoire, pleinement et chaque jour, les mots d’une personne qui y travaille, et qui m’affirmait (je traduis avec mes mots) que plus les personnes y entraient en pleine possession de leurs moyens, et mieux ça se passait pour elles.
Pour les autres, c’est beaucoup plus aléatoire… ou inexorable !
C’est un peu ce que décrit Chichi, et ce à quoi je ne peux qu’assister, armée de ma seule impuissance : “La maison de retraite est inacceptable : la condition qu’on leur fait, la dépendance dans laquelle on les met…” (vers la 47ème minute)

Une impuissance qui dégénère tantôt en impatience, parfois en irritation, souvent en désespoir.
Mais au-delà de l’émotion première, par-delà les sentiments, je n’ai de cesse de me demander si c’est là le sort promis à plus ou moins long terme à tous nos vieux… et donc à nous tous à plus ou moins brève échéance.
Est-il seulement pensable, au vu du vieillissement de la population, que l’on puisse ainsi s’autoriser à l’accélérer, le vieillissement, en tout cas dans ses aspects négatifs et bardés de dépendance ?

La maison de retraite dans laquelle sont Ama et Nesca n’est sans doute pas parmi les pires. Le personnel est respectueux, attentif, disponible, autant qu’il le peut. Mais il est évident qu’il ne peut pas plus, et que la charge de travail est trop lourde pour qu’un accompagnement personnalisé soit possible.
C’est aussi un établissement qui bénéficie d’une équipe d’animation qui propose des activités quotidiennement, et essaie d’ouvrir vers l’extérieur… pour ceux qui le peuvent.
N’empêche que la détérioration pour Ama, qui s’enferme de plus en plus dans son mutisme, et est de plus en plus à côté de la plaque, et pour Nesca, qui est désormais en fauteuil roulant et n’a plus aucune envie de s’en lever, et gagatise de plus en plus, a été extrêmement rapide !
Pourquoi ?
Sans doute les raisons sont-elles multiples (multifactorielles, dirait-on en langage moderne).
Mais une chose est certaine : l’entrée à la maison de retraite a accéléré le processus, pour l’une comme pour l’autre.
Parce qu’à moins d’être valide et en bon état, rien n’est fait pour préserver l’autonomie restante, la communication, l’envie…
Il est en effet plus facile de mettre des couches, d’installer dans un fauteuil roulant, de renoncer à communiquer avec quelqu’un qui a du mal à parler, ou avec une sourde, qui de surcroît s’amuse régulièrement à enlever sa prothèse auditive !

Encore une fois, loin de moi l’idée de juger d’une quelconque façon le personnel ! Ils n’y sont pour rien, et font de leur mieux.
Mais comment ne pas s’élever devant ce manque de moyens humains, qui conduit à entretenir et accélérer la dépendance, dans une sorte de cercle vicieux ?
Comment dès lors ne pas s’en vouloir d’en avoir été réduit à prendre la décision de cette mise en maison de retraite ?

Je n’ai bien évidemment pas la réponse, et ne prétends en aucun cas donner des leçons.
N’empêche que la question reste entière, et qu’il devient de plus en plus urgent et crucial d’y trouver des réponses.
Avant que le vieillissement de la population ne devienne un véritable fléau !

A écouter :

Portrait de Chichi, 89 ans, mamie Babayaga
Nous Autres - 14 Novembre 2008

A lire, voir, écouter :
¤ Longue vie aux Babayagas ! Pour une utopie réaliste… de la vieillesse
¤ De la Maltraitance à la Bientraitance ? - appoint aux fragments de vieillesse
¤ La bientraitance en Maison de retraite
et les chroniques :
¤ Aides aux personnes âgées
¤ Fragments de Vieillesse

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